ACCUEIL
GALERIES
DÉMARCHE
VENTE
DÉMARCHE ARTISTIQUE
INTERVIEWS
BIOGRAPHIE
REMERCIEMENTS

Quoi de plus infini ou de fini qu'une image ; que ces moments cadrés, figés dans le temps, qui alimentent si fortement notre imagination et, parfois, libérent si curieusement nos émotions ?

« On ne naît pas artiste, on le constate un jour. Devenu artiste, on le reste, que l'on produise peu, beaucoup ou plus du tout. Être artiste n’est pas, ne peut être un statut ou un métier, c’est un état. Oeuvrer, faire de l'art, c’est communiquer cet état (une émotion, une idée, une croyance, des valeurs).
Aussi, indépendamment de la forme, du sujet ou du médium choisi, c'est avoir pour souci ou besoin de produire du sensible "exploitable"
et transmissible. »

db 2007
 

1) Avril 2011 : Article sur mon travail écrit par : Laara WilliamSen.

2) Avec l'aimable autorisation des intéressées, propos recueillis le 02 décembre 2009 par Pauline Lamand et sa collègue (étudiantes préparant leur BAC) dans le cadre d'un travail choisi (TPE) dont la problématique est : "Comment le droit à l'image s'est-il imposé comme une contrainte à la liberté artistique dans la photographie, à travers l'œuvre parisienne de R.Doisneau?".


Pour en venir aux questions, nous aimerions savoir, pour commencer, si vous considérez vos photographies comme "humanistes", quand vous dites qu'elles sont influencées par des photographes comme Doisneau, Brassai, Klein ou Cartier-Bresson ?

Pour certaines, oui. Notamment, concernant les premières photos de ma série " Regards " (01 à 14). Et puis, bien sûr, concernant le travail intitulé : " Accords, désaccords ". Enfin, depuis le mois de septembre 2007, je réalise un travail qui s'intitule : "Le Carrefour" ayant pour sous-titre : "Demain, c'est pas si loin". Autour d'un carrefour donc, je compte réaliser des images dans ce bout de quartier au moins pendant 5 ans. Comme dit dans ma biographie : " Thème abordant la problématique du changement, du temps qui passe, dans un quartier de Montréal, à partir d'un carrefour historiquement et géographiquement important : le coin Sainte-Catherine, Saint-Laurent." À date, cherchant à évoquer ce que ce quartier devient, et pour l'instant sans savoir précisément ce que je vais faire de ce travail (peut-être un livre en tirage limité à titre privé), je photographie autant les gens que les bâtiments, le temps qui passe donc, l'atmosphère (environ 1 fois pas semaine). Ce travail m'a souvent amené à expliquer aux gens que je photographie (et qui, pour certains, ne sont pas d'accord), ce que je suis en train de faire. Suite à mes explications, il m'arrive d'effacer les photos de certaines personnes qui me le demandent avec insistance.

Si c'est le cas, quelles sont réellement les caractéristiques de ce mouvement photographique ?

Pour moi, avec humour parfois et bienveillance (je crois qu'il faut aimer le genre humain pour prétendre faire de la photographie humaniste), honnêteté et donc une certaine dose d'humanité, c'est porter un regard aimant sur les gens et, plus largement, les êtres vivants, qui nous entourent. Simple par le passé, ce mouvement est, avec la loi dite du droit à l'image devenu compliqué et tend à disparaitre. En disparaissant, c'est tout un genre photographique qui disparait mais, plus sérieusement, tout un tas de documents qui témoignent (témoigneraient) d'une époque, d'un quartier, de nos mœurs, etc. Beaucoup d'éditeurs et donc de photographes ont comme baissé les bras, pour éviter d'avoir des ennuis (des procès) et/ou devoir payer des amendes ou faire des arrangements avec les plaignants. Bon, certains diront : "mais on peut vivre sans faire ce genre de photos". Oui, bien sûr, tout comme on peut aussi vivre sans être artiste, s'intéresser à la culture, aux arts, à l'histoire, etc. Moi je dis, que si ce genre tend à disparaitre c'est par peur et surtout par méconnaissance de nos lois et des possibilités qui malgré tout nous sont offertes. D'un autre côté, comme la nature a horreur du vide, d'autres genres apparaissent (en faite, on s'arrange toujours avec les interdits : On passe outre, à côté, de côté) et fait émerger, pour le meilleur et le pire, par exemple, des photos montages, des trucs et des trucages, des reconstitutions en studio avec des auteurs, des figurants, etc. Oui, c'est vrai, encore une fois, pour le meilleur et le pire (j'en fais partie, je cherche et je n'hésite pas à explorer ce que les nouvelles technologies nous offrent. Notamment, grâce aux logiciels comme Photoshop). Pour exemple, voir ma série en cours " Le temps n'est rien ? " où je me suis donné comme règle de faire en sorte que les visages des personnages soient "couverts". Ou bien, autre exemple, pour ma série intitulée " Ainsi va la vie qui va à Montréal ..." où j'ai choisi de faire, pour l'esthétisme et pour faire autrement, des flous, des bougés, et des effets de zoom. Mais pour revenir à la photo humaniste, à ces instantanés, à ces photos prisent sur le vif qui croquent si bien une certaine réalité, c'est tout un regard porté sur nos sociétés qui disparait ou plutôt est en train de changer. Pour les recherchistes, les journalistes, les historiens, les sociologues, etc., qui avaient la possibilité d'étudier certaines époques grâce et à travers ce genre de documents et bien ils feront ou devront faire autrement. Et puis, bien sûr, concernant la relève, les photographes, artistes, inspirés comme moi par la génération des Doisneau et bien c'est les tuer dans l'œuf. Autrement dit, leur interdire ce qui fut permis un temps. Bon, on pourrait se dire avec madame Truc-Muche : "Que voulez-vous mon bon monsieur, c'est comme ça". Oui, peut-être, mais moi je pense que l'on peut aussi trouver un compromis, c'est à dire un entre-deux honnête, pour continuer à faire ce genre de photos. C'est d'ailleurs ce que j'ai tenté de faire dans ma série : "Accord, désaccords". Et c'est ce que je suis en train de faire avec ma série intitulée : "Le Carrefour" dont j'ai parlé plus haut. Bref, moi, je veux garder (dussé-je prendre des risques) ma liberté d'expression ; autrement dit, éviter de me frustrer en tant qu'artiste ; c'est dire, rester libre d'exprimer ce que je vois et, éventuellement, le photographier (puisque c'est mon moyen d'expression). D'ailleurs, plus souvent que ne le pense les gens, nous nous censurons pas mal tout seul, en décidant ou pas de montrer ou pas, telle ou telle image (pour plein de raisons, techniques, esthétiques et, bien sûr, mais oui, morales). Il y a donc les photos prisent et celles que nous montrons et puis, celles que nous montrons mais que nous nous refusons de vendre (toujours pour les mêmes raisons). En tout cas, voilà comment moi je fonctionne à date.

Quel message, quels sentiments vous permet-il de faire passer ?

Pour les sentiments, c'est en règle générale vraie pour toute image. Je veux dire, qu'elle soit ou pas Humaniste. Je crois que chaque artiste tente de transmettre (en ce qui nous concerne, nous, les artistes photographes par l'image) ce qui nous parait important, beau, sensible. Bref, séduit, touché par un thème ou un sujet, nous cherchons à partager notre découverte, notre travail, des sentiments, avec ceux que nous aimons et, parfois, avec le plus grand nombre de gens possible. Des sentiments, oui, bien sûr, mais aussi des témoignages sur ce que fut une époque par l'habillement des personnages, la coupe de cheveux, les accessoires (lunettes, sac, etc.) ; comme raconter par l'image ce que fut un quartier, une rue, par la vétusté ou pas des bâtiments, des commerces, des trottoirs, des panneaux d'affichages, etc. En fait, comme tout moyen d'expression, la photographie permet de communiquer un état, de mettre en avant quelque chose que nous cherchons à communiquer, à mettre en valeur, à diffuser au plus grand nombre. Tout cela, en ayant choisi tel ou tel sujet, angle, lumière, forme et traitement (couleur, NB, diaporama, papier, vidéo...). Tout cela pour, bien sûr, laisser quelques traces derrière nous et faire valoir un peu ce que fut notre humaine condition de notre vivant.

L'utilisation du noir et blanc joue-t-elle un rôle majeur dans vos photos ?

Majeur ? peut-être moins ces dernières années où, grâce au numérique, c'est devenu plus facile et plus économique de traiter soi-même ses images en couleur. Ceci étant dit, pour moi, la photo noir et blanc a toujours quelque chose de particulier. Un plus. Un autre. J'aime toujours traiter certains de mes sujets en noir et blanc et en faire des tirages (photos sur papier). Comme un dessin fait à l'encre de chine, au fusain ou au pastel, le choix du noir et blanc ou du sépia n'est pas innocent. Moi, par exemple, j'aime traiter en NB mes photos de rue avec personnages. Et puis le Noir et Blanc, je crois, a quelque chose de plus artistique dans la mesure où, justement, il montre autrement la réalité (qui est, pour la majorité d'entre nous, en couleur). Comme une sculpture ou une peinture abstraite, la photo en noir en blanc me semble être un schème, un médium, qui traduit des sentiments, des impressions et qui nous touche plus fortement qu'une photo en couleur qui fait part, elle, de la réalité (sans pour autant être vraiment la réalité). Comme dit plus haut, les photos de rues avec ou sans personnage me paraissent plus belles lorsqu'elles sont traitées en NB. Il y a peut-être ici quelque chose à voir avec la nostalgie, comme ce temps qui passe inexorablement et jamais ne revient.

Concernant votre travail, votre projet, comment celui-ci a-t'il été élaboré ?

Dans l' interview qui se trouve dans mon site perso, j'explique comment j'ai découvert la photographie mais si on veut parler du travail intitulé : "Accords, désaccords ?" c'est par réaction. Ayant fait un break pendant 15 ans avec ce genre de photographies (de rue, justement) j'ai, lorsque je suis passé totalement au numérique en 2005, mesuré comment les choses avaient changées dans ce domaine. Compris abruptement comment les gens, ici à Montréal ou à Paris, n'aimaient plus ça être photographiés dans la rue. Comment les gens étaient, à mon sens, devenus d'une certaine façon paranoïaque concernant l'utilisation qu'on pourrait faire de leur image (car bien sûr, tout photographe cherche à voler l'image des gens pour faire beaucoup d'agent sans leur demander l'autorisation (blague). Aussi, j'ai cherché un entre-deux, comme dit dans le petit texte qui accompagne cette série. Si le résultat est discutable, j'ai souvent dit : et bien justement, discutons-en ! En réalité, peu sont nombreux ceux qui veulent prendre le temps d'en parler. En fait, les gens (certaines personnes, peut-être pas la majorité) se choquent pour se choquer espérant peut-être, pour certains, obtenir de l'argent parce qu'un photographe les aurait choisis pour faire une photo d'eux dans la rue, alors qu'ils se promenaient. La nuance importante, que j'aime rappeler quand j'en ai la chance (si les gens me questionnent ou veulent bien m'écouter), c'est que tout le monde a le droit de faire des photos dans la rue (endroit public) par contre, oui, ce que la loi a vraiment changée, c'est qu'il faudrait avoir l'autorisation de la personne qui fait l'image (occupe toute l'image) si on veut la publier dans un journal commercial ou diffusé au public (journal gratuit). Même si, là encore, il semble accepté ― lire absolument le cas de jurisprudence dont je fais mention dans ma page web ( Le droit à l'image - L'art et l'information avant les «états d'âme» ) ― que suivant certains cas, un artiste puisse (il est heureux) faire des images sans avoir eu au préalable l'autorisation des personnes photographiées à partir du moment où cette image s'inscrit dans un projet et peut démontrer que les personnes ne sont pas prises en tant que telles mais parce que, dans leur ensemble, elles font partie d'un projet, d'un thème, etc. Intéressant comme nuance, non ? Et puis, au delà de la loi, il y le respect. Comme par exemple (certains le font, d'autres pas) s'interdire de photographier certaines personnes qui sont en détresse, défigurées, handicapées, etc. Toujours personnel, ces limites sont ou devraient être propre à chacun.

Justement, avez-vous demandé à chaque personne le droit de la photographier, et ont-elles accepté facilement ?

Oui et non. En tout cas, dans ce genre de travail (photos de rue comme "Accords, désaccords"), jamais avant. Pourquoi ? Si je l'avais fait, demander avant, je n'aurais jamais pu faire de photos instantanées. Alors soit on en fait ou pas. Car, dans le meilleur des cas, ayants vu dans la rue des scènes intéressantes, cocasses, il aurait fallu les reproduire, avec des acteurs, des actrices, en studio, comme au cinéma. Car vous comprendrez que si on demande, dans la rue, la permission avant de photographier une scène, jamais nous ne pourrons obtenir de la personne ou des personnes qu'elles soient naturelles, qu'elles fassent comme si, il n'y avait pas de photographes, de photos prisent. Oui, oui, Doisneau l'a fait dans sa photo du "Baiser de l'Hôtel de Ville" et cela a fait une très bonne photo (tellement bonne que nous avons tous été trompés et donc choqués d'apprendre par après qu'il l'avait mise en scène cette photo). Aussi, pour revenir aux vraies photos instantanées, dans ce genre de photos, il nous reste seulement la possibilité de demander après coup si on veut être "honnête". Et même que, parfois, c'est impossible (il faudrait courir après la personne qui vient de sauter dans son bus, par exemple, et être sûr que la photo que l'on vient de faire est bonne, sera exploiter, etc.) D'autre fois, par contre, le temps nous le permet. Aussi, personnellement, comme dit plus haut, il m'arrive de demander la permission en expliquant qui je suis, ce que je fais, etc. La plupart du temps, la personne contactée accepte en échange de tirages photos, par exemple, et un éventuel 50 % sur les ventes probables. Dans ma série "Accords, désaccords", c'est justement le cas (d'ou le titre et le texte qui dit :"... avec l'accord ou sans l'accord des gens photographiés ...". Alors oui, souvent, pour faire ce genre de photo, je prends le risque de me faire insulter (oui, ça arrive souvent) ou de me faire demander d'effacer la photo faite (que j'efface si j'estime que la photo n'est pas exploitable, utilisable, etc. ou si la personne me fait "un gros caca boudin" du genre "je ne veux rien savoir, rien entendre, etc. :-) Une fois, une sorte de militaire, c'est ce qu'il m'a dit, voulait carrément me casser la gueule. Ayant pratiqué des sports de combat plus jeune, je lui ai répondu : "Si tu veux, sache que je pratique le karaté." (en fait, j'en menais pas large. Le gars était plutôt pas mal baraqué et avait comme un air "tête brûlée"). Il n'a pas insisté. Bon, enfin, voilà où ce genre de photo, humaniste, pour nous conduire. (sourire). C'est un peu triste, je trouve, mais bon.

Selon vous, si les limites du droit à l'image sont trop poussées, où devraient-elles se trouver ?

Si les limites sont trop poussées ? genre interdiction de... sinon on vous coupe la tête !? Des photos faites sans autorisation vont se vendre très très chères au marché noir ! (c'est une blague, quoique, lorsque un état devient trop réactionnaire et interdit telle ou telle chose (je pense à la prohibition aux États-Unis ou à la censure en Chine ou en ex Union Soviétique), un marché se développe "sous le manteau"). Où devrait-elle se trouver l'interdiction ? Bonne question. Intéressante. Pour ma part, je n'ai pas de réponse toute faite et puis je ne suis pas juriste ou législateur. En tout cas, si d'un bord, comme de l'autre, il y a des abus, il faudrait continuer d'en parler (comme vous le faites avec moi pour ce travail) pour sensibiliser les gens afin de trouver un juste milieu qui un, oui, protègerait les gens contre l'utilisation abusive de leur image mais, en même temps, n'empêcherait pas les autres de s'exprimer. In fine, que cette loi, comme toutes les autres lois, ne nous empêche pas, collectivement, de garder quelques traces de ce que furent les gens à un moment donné dans leur environnement (lieu public, rues, parcs, établissements). Être humaniste c'est, montrer pour faire valoir, ce que hommes et femmes nous fûmes à une époque dans notre environnement (dans ce sens, oui, oui, sociologiquement, c'est faire de l'histoire avec un grand H). Avec talent, sensibilité, humour et une certaine maitrise de l'outil que nous utilisons pour ça (photo, vidéo), c'est, bien entendu, encore mieux :-)

En quoi ce problème de droit à l'image peut-il affecter d'autres domaines, comme le journalisme ? 

Si faire du journalisme, et donc être journaliste, c'est rapporter des faits se voulant crédibles et pour le mieux objectifs ; si c'est rapporter pour communiquer aux autres des éléments plausibles, comment le faire si nous ne pouvons filmer ou photographier les gens, sans pour autant cacher le visage (ou faire un flou) ou en photographiant de loin, de trop proche ou bien encore en filmant leurs jambes ? Ou même, en utilisant seulement des photos d'archives (autrement dit, des vieux reportages). La vraie folie des conséquences de cette loi, "Le droit à l'image", qui est encore trop mal faite, c'est que les éditeurs et les producteurs, ne voulant pas d'ennuis avec les autorités, sacrifient la vérité, la cache ou bien, oui, oui, à l'avance, cherche à s'arranger à l'amiable avec les protagonistes (déjà dit, mais c'est essentiel).

Ensuite, pour se concentrer sur l'œuvre de Doisneau: "Le Baiser de l'Hôtel de ville" a donné lieu à un procès. Cela a-t'il eu des conséquences directes et visibles sur son œuvre ?

Pour être honnête, je ne sais pas grand chose à ce sujet. Je crois savoir, pour l'avoir lu (où ? quand ? désolé, je ne sais plus) que cela l'a fortement affecté. Il faut savoir que cette image, qui a eu un succès international incroyable, n'a pas été faite avec cette intention. Doisneau, à sa décharge, est resté très longtemps (jusqu'à l'âge de 65 ans, je pense) un photographe qui gagnait à peine sa vie avec son travail. Et puis, presque d'un coup (quelques années), le monde (avec un grand M) s'est intéressé à lui, à son travail, à son œuvre. Enfin... C'est le cas pour beaucoup d'artistes, non ? Est-ce bien, est-ce mal ? En tout cas, "c'est ça qu'est ça" dit-on en bon québécois. Tout ça pour dire que le succès démentiel de cette image a dépassé ses attentes les plus folles et n'a pas été faite pour être diffusée au plan international. Une fois faite, dans les conditions que nous connaissons maintenant, elle nous paraitrait moins bonne, suspecte ? Non, je ne crois pas. Des fois, seul le résultat compte. Pour moi, que cette photo ai été comme mise en scène, même si je cherche (comme Doisneau l'a fait pour presque la totalité de son travail) à faire des instantanés (saisir sur le vif de vrais gens), cette photo reste une grande photo (plus vraie que nature diront les cyniques).

D'après nos informations, nous avons cru comprendre que le procès aurait eu lieu après qu'il ai mit fin à sa carrière de photographe, mais l'histoire ne semble pas très claire. Auriez vous plus d'informations à ce sujet ?

Non, désolé.

Et, savons-nous vraiment si d'autres photographies de Doisneau ont été mises en scène ?

Je ne sais pas. À vrai dire, dans certains cas, je disais plus haut, seul le résultat compte. Je veux dire que si monsieur Doisneau a demandé, sur une de ses photos, que tel ou tel personnage, lui sourit comme ci ou comme ça et que le tout parait plus vrai que nature, alors il faudra lui ajouter une qualité supplémentaire, celle d'avoir réussi à traduire, le plus naturellement du monde, ce que cette personne était, non ? (sourire).

Pour finir, connaissez vous d'autres exemples frappant et connus d'abus du droit à l'image ?

J'ai rapporté certains exemples frappant dans le texte qui accompagne ma rubrique que vous pouvez utiliser (certains de ces exemples, comme mentionné, viennent du reportage "La rue zone interdit" de Gilbert Duclos, que je vous invite vraiment, vraiment, à voir (J'ai trouvé mon exemplaire en bibliothèque). Ce que je constate, c'est que beaucoup d'avocats véreux, en mal de reconnaissance et à la recherche de contrats juteux, n'hésitent pas à inciter de potentiels clients à attaquer tel ou tel artiste (journaliste, éditeur) afin d'obtenir de la notoriété et des gros sous (je dirais, tant mieux si l'artiste en question peut ou pourra payer son procès et les frais venant avec pour se défendre). La plupart, comme moi, n'ayant pas grand chose, pour ne pas dire pas un sous, aimeraient presque (oui, oui, parfois cela me traverse l'esprit) avoir un procès ; être attaqué par un grand avocat qui défendrait une personne bien riche... Cela me ferait une belle publicité, non ? et peut-être, peut-être, me permettrait de faire valoir mon travail ; et peut-être, peut-être, de le faire connaitre auprès d'un public plus large et des décideurs qui pourraient, peut-être, peut-être, m'offrir de l'exposer, de faire des livres, etc. Cynique ? Oui, un peu. Mais surtout, avec humour et conviction, gardons pour nous l'important : Qui peut ou doit nous empêcher de dire ce que chacun de nous, artiste ou pas, pouvons ou devons-nous dire, communiquer et faire valoir ? Voilà pour moi la question essentielle. Une loi ? Oui, pourquoi pas. Mais alors un cadre législative délimitant, pas limitant. Là est pour moi, cruciale, dans l'esprit et sur la papier, la nuance. Bien vivre ensemble, si c'est ce donner des règles, ces règles devraient, à mon sens, nous permettent d'aller ensemble et non pas contre les uns et les autres. Cette loi, ici au Québec ou pour ce que j'en connais en France, me semble encore trop placer les uns contre les autres ! Alors oui, ce sujet n'est pas clos et devrait, come vous y participez, être encore et encore débattu pour trouver un meilleur compromis qui respecterait les deux parties.

Nous vous remercions beaucoup de prendre un peu de temps pour nous aider, et votre témoignage de professionnel nous fera certainement avancer à pas de géant. Nous irons également regarder le reportage que vous nous avez conseiller dès que nous en aurons la possibilité.


3) Propos recueillis par N. Yaccarini le 17 septembre 2007 à Montréal.


À quel moment, as-tu découvert la photographie ?

En fait, vers l’âge de 13 ou 14 ans quand je me suis retrouvé dans une salle de bain transformée en laboratoire où mon frère aîné réalisait ses premiers tirages argentiques en noir et blanc.

Quand as-tu réalisé tes premières photographies ?

― Pour vrai, à Porchefontaine, quartier de Versailles, en France, dans les Yvelines, fin septembre, début octobre 1977. Grâce à un Voïgtlander, appareil photo non reflex, prêté par un ami. Je dis pour vrai dans la mesure où, avant cela, j’ai dû cliquer quelques fois, importe peu la marque.

Est-ce que quelque chose de particulier s’est produit à tes débuts qui t’aurait donné envie de continuer ?

― En fait oui, deux choses. Un, ce que je ressentais lorsque j’appuyais sur le déclencheur –  aujourd’hui encore – une sorte de pouvoir, ce plaisir à déclencher, à cadrer et à m’approprier tel ou tel sujet. Deux, instant magique, émotion forte, la première fois que, tout seul, c’était aussi en 1977, en suivant à la lettre les indications sur un bouquin, j’ai vu se révéler dan sle révélateur ma première image. Émotion rare, montée d’adrénaline forte, jubilation, satisfaction, auto-satisfaction et tutti quanti. Un vrai feu d’artifice, un pure moment de bonheur. Simple et fort.

Quand as-tu acheté ton premier appareil photo ?

― À Singapour, en 1978, lors de mon voyage en Asie du Sud-est. J’étais tellement heureux et si fier. Mon premier reflex – un Minolta SRT 303b avec un seul objectif, un 50mm f : 2. Appareil avec lequel, pendant mon voyage, j’ai réalisé uniquement des photos noir et blanc ; des sujets variés, très insolites, peu ou pas de gens, beaucoup de choses, des ambiances, des murs, des maisons et quelques paysages. Bref, le juste reflet de mes états d’âmes d’alors qui étaient essentiellement sombres, emprunts de ce blues caractéristique qui sied si bien, le pensais-je à l’époque, au poète maudit que j’admirais tant : Villon, Nerval, Rimbaud, Pouchkine, Baudelaire, Nelligan, Artaud, Rítsos, Genet…

Qu’est-ce qui chez toi a déclenché ce besoin, cet intérêt pour les arts, cette passion et, finalement, ce mode d’expression ?

― En fait, je ne sais plus très bien. Pas une seule chose mais un ensemble de choses, c’est sûr... Le plaisir de cadrer, de sélectionner une partie de… Oui, dès le début, le pouvoir de choisir et de retenir telle chose, plutôt que telle autre... Et puis, ah oui ! grand moment, belle découverte, le jour, ce jour, où j’ai réalisé que je pouvais choisir ma réalité. Vous savez, ce pouvoir entrevu d’arrêter le temps, de retenir tel moment, de figer ce qui, sinon, aurait disparu – quel témoignage ! même si bien des choses sont et resteront insignifiantes… Mon intérêt pour les arts ?... Très certainement, grâce à mes lectures – littérature, biographies, essais –, à des peintres comme Kandinsky, Malevitch, Mondrian, Duchamp, Matthieu, Pollock, Riopelle, Soulage, Appelt, et tant d’autres plus actuels, contemporains… Et puis, oui, grâce à des photographes comme Henri Cartier Bresson, Capa, Brassaĩ, Man Ray, Doisneau, Klein, Drtikol, Salgado… ; tous ces artistes que je découvre dans les musées, dans les bibliothèques ou dans les livres... Le besoin de dire, encore, d’exprimer quelque chose qui m’habite, me hante, de personnel ; pour dire ce que je suis et pour faire valoir ma différence. Et puis, le besoin de faire quelque chose de concret, de laisser des traces, mon empreinte, de réaliser, de produire, d’être apprécié, aimé, envié, oui, pourquoi pas. Enfin, très certainement, le besoin d’être reconnu comme une personne qui a et avait quelque chose à dire ici et maintenant.

Pourquoi la photographie, plus qu’un autre mode d’expression comme la vidéo ou la peinture ?

― Peut-être par facilité, parce que je suis impatient, parce que c’est peu encombrant ; genre, facile à porter dans un sac, complet et ne nécessitant pas de travailler en équipe. Mais aussi, parce que j’aime marcher, bouger, voyager, me promener, changer de lieu, ne pas refaire deux fois la même chose, ne pas revenir en arrière, comme sur mes pas. Peut-être aussi parce que j’aime le contact physique avec le boîtier... pour le plaisir de photographier du beau, la beauté, celle d’un sujet pour ses lignes, ses couleurs, ce qu’il évoque : celle de modèles, aussi, pour les mêmes raisons... pour le plaisir d’être derrière le boitier, caché, à l’abri, comme protégé ; voir d’ailleurs, avec recul, sans déranger, pour opérer dans l’ombre. Faire cela discrètement, sans déranger et sans être dérangé ; être dans l’fond, caché, dans l’noir comme pour mieux voir la lumière ou, autrement dit, mieux voir ce qui est en lumière.

Pourquoi, dès le début, as-tu choisi de faire des photos en noir et blanc ?

― Au début, par soucis de me placer en dehors de la photographie de souvenirs, familiale, des oncles, tantes, enfants, parents, chiens, chats, vacances à la plage...  et puis parce que je voulais, sans trop savoir pourquoi – encore aujourd’hui – faire du beau autrement, du moi autrement, chercher, me déplacer, faire à côté, explorer... Et puis encore, parce que j’allais réaliser mes tirages moi-même, en noir et blanc... Et puis, et puis, parce que le noir et blanc me semblait être plus noble, plus artistique. La grande majorité des artistes photographes de cette époque n’utilisaient-ils pas le noir et blanc plus que la couleur ? Mais encore parce que le noir et blanc, pour moi, représente la réalité. Je veux dire, n’est pas la réalité, il l’évoque, comme une sculpture figurative, la plus réaliste qui soit, re-présente son sujet sans qu’il soit pour autant le sujet.

As-tu réalisé des expositions personnelles et collectives ?

― Oui, jusqu’en 1990. Au Québec et surtout en France.

Et, entre-temps, depuis 1990 ?

― Pas d’exposition, mais des photos faites ici ou là, d’artistes, de modèles… mais plus d’expositions. J’étais, je me sentais, comment dire, en attente, en standby, comme dans un entre-deux. Plus envie d’exposer mon travail, de produire de ces thèmes faits et exposés par le passé. Besoin de prendre du recul, de temps, de laisser du temps passé… comme dans un moulin pour l’égrener… le moudre pour parfum sentir…

Et maintenant, as-tu pour projet de te remettre à exposer ?

― Oui, absolument, d’ici quelques années. J’en ai le goût, besoin. C’est le temps.

Et, après tout ce temps passé sans avoir exposé, comment imagines-tu le fait de te remettre à montrer ton travail ?

― Avec beaucoup d’appréhension, de peur, celle de ne pas être retenu par les lieux choisis, apprécié par le public ; celle aussi de ne pas trouver l’énergie et l’argent pour me payer le matériel nécessaire ; celle de ne pas me sentir bien, heureux, à ma place ; enfin, celle de décevoir et d’être déçu.

Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour te remettre à la photo, disons, plus artistique, et pour exposer ton travail ?

― Attendu, oui, d’une certaine façon. En fait, depuis quelques années je suivais avec beaucoup de curiosité l’actualité en matière d’appareil numérique en me disant qu’il fallait attendre, que la technologie n’était pas prête et, de toute façon, les coûts trop élevés pour moi. Et puis, toutes ces dernières années, sans avoir vraiment cessé de faire de la photographie et surtout en ayant toujours eu le sentiment que j’étais en « Standby », je m’étais mis à l’écriture. Oui, grâce ou à cause d’un thème photo qui s’intitule « Ailleurs ». Ce travail, ces photos, m’avait amené à me demander ce qui ce passe après, plus loin, là-bas, derrière les fenêtres ou les portes closes des maisons. Seule l’écriture, le pouvoir de raconter des histoires, me semblait capable de répondre à mes préoccupations du moment... On peut dire, sans gros succès, que je me suis essayé dans tous les genres, pour, finalement, fin 2004, lors de l’achat de mon premier appareil numérique, un reflex Nikon D100, redécouvrir l’envie et le besoin de m’exprimer par la photographie. Comme, notamment, d’utiliser la couleur pour des thèmes comme « Ici ou là » ou « Détournement mineur » et revenir vers le noir et blanc pour « Accord, désaccord ? ».

Peut-on parler d’une sorte de renaissance ?

― Oui, bon, enfin, le mot est fort et surtout me fait trop penser à ces « born again » tristement célèbres que je ne citerais pas – pas besoin, assez de pub comme ça – mais qui ne me plaisent pas du tout.

Redémarrage, alors ?

― Oui, j’aime mieux. En quelque sorte, comme quelqu’un qui, ayant pris du recul et une certaine maturité, voit les choses autrement, sait ce qu’il veut, ne veut pas, va faire, ne plus faire. Comme quelqu’un qui, ayant eu besoin d’un passage à vide ― sa traversée de désert ― en revient convaincu. Pour moi, que la photographie est mon médium, mon moyen d’expression, celui qui me donne pleine satisfaction et me correspond.

Et donc, comment se passe ce redémarrage ? Que photographies-tu ?

― Bien, très bien. En quelques mois, après avoir fait des photos de musiciens, de paysages et des images insolites, je me suis retrouvé, comme par le passé, à déambuler dans les rues, en ville, cherchant à saisir des ambiances, des lieux, des sujets aux couleurs éclatantes, aux formes épurées ; des situations cocasses, où peuvent être impliquées des personnes ; en quête, à la recherche de beau, d’émotion, de plaisir, celui de trouver un sujet, de tourner autour, de le photographier sous tous les angles possibles pour trouver celui me paraissant traduire au mieux ce que je ressens... C’est dire, réussir à le capter, avec déjà l’envie de le partager et de montrer ces images aux autres, autour de moi, à mes proches, puis à tout ceux qui le voudront.

As-tu retrouvé le même plaisir qu’auparavant ?

― Oui, avec un gros plus, de cette assurance que l’on acquiert avec l’âge et des convictions : celle, notamment, que j’ai maintenant toute la vie devant moi pour dire ce que j’avais à dire et faire ce que j’avais à faire grâce à la photographie.

Que représentent pour toi ces images, celles que tu fais depuis trente ans maintenant ?

― Des objets palpables que l’on peut saisir, posséder, avoir, toucher – bon, c’est vrai, avec des gants (sourire) – regarder avec plaisir, en tout cas. Représentent oui, c’est ça, j’aime ce mot. Elles représentent ce que je ressens parfois, du beau, une certaine harmonie ; de ce plaisir qui fait chaud dans le dos, picote l’échine comme je le disais tantôt ; et même, parfois, me fait pleurer. Un plaisir brut, oui, celui de trouver la façon de communiquer ce que je perçois, ce que je ressens grâce à ces images, qui deviennent, en ce sens, représentation ou autrement dit, expression ou prolongement de mes états d’âmes. Elles sont ou deviennent en quelques sortes des schèmes, des objets de transition. Oui, oui, allez, on peut en rire, mes doudous à moi.

Comment imagines-tu ou plutôt vois-tu ton avenir comme artiste et photographe ?

― À long terme, aucun doute, c’est très nette, sans l’avoir eu facile et me sentir complètement à l’abri de pannes, de remise en cause et de difficultés financières, je me vois très bien comme quelqu’un vivant de sa production, de son art, exposant ici ou là son travail.

Comment ou par quelle question aimerais-tu conclure cette entrevue ?

― Euh, et bien, par une autre question (rire). Pleins de questions (sourire).